Il y a eu d'abord un grand vide.Une béance de silence installé sur la lande.Comme une respiration retenue,avec un immense blanc au bout.
C'est ça qui nous a inquiétés,ce manquement à la vie ordinaire,ce tic-tac familier qui fait chanter les arbres et bruire les oiseaux.
C'est comme un désespoir qui courait sur la terre.
Plus qu'un désespoir,une nuit d'ombres,sale et encreuse,déjà partie en guerre.
Et puis,un premier pas,lourd,puissant...dans le lointain.
La mer pleure en cadence,enfle,s'époumone,expulse ses douleurs.Dans tout ce noir de nuit,j'entends son coeur qui bat.Un tambour qui martèle le silence,une pulsation qui s'amplifie jusqu'à l'extrême!
C'est alors que le dragon a surgi des profondeurs,chaotique d'abord,espaçant ses crachats d'écume et de rage.Il avait mal,il criait,tempêtait,cognait,hurlait son désespoir.
Les chevaux galopaient sur les toits dans un bruit de fracas,la forêt entière gémissait,les craquements des pins se sont mêlés en une ultime agonie dans la violence de ces vents.La litanie funèbre a continué.
Ne pas bouger.Ecouter battre son coeur,plus vite,plus fort.
Et son coeur à elle,en train d'exploser,de hurler ses meurtrissures,son déracinement,sa mort inéluctable.
La nuit sanglote sur la terre.Ils vont mourir bientôt.
Ils le savaient tantôt quand ils se sont tus,dans cet espace-temps aménagé en un recueillement des instants.
Le dragon a puni les hommes volages.Il vient de suspendre leurs respirations.Il a montré sa rébellion,sa puissance incommensurable.
Nous,petits d'hommes,pleurerons demain sur nos excès,nos faiblesses,notre désamour de la Terre.
Texte écrit pour "Les parchemins de Bigornette "
De tout coeur je vous remercie pour tous vos messages de soutien qui m'ont apporté l'espoir du renouveau, même si la peine demeure devant nos forêts massacrées.
Comme les oiseaux du voyage,je reste dans l'attente des jours meilleurs !
balaline